Points de vue

Session d'hiver 2021

Bulletin d'informations de l'intergroupe parlementaire Croix-Rouge

Thématiques

Editorial

Mesdames, Messieurs,

Le climat et la COP 26 ont été l’un des sujets politiques majeurs de cette fin d’année: engagée dans la gestion des catastrophes naturelles, signataire d’une charte climatique pour les organisations humanitaires, la CRS connaît bien les conséquences de la crise climatique et émet des recommandations pour la Suisse.

La CRS traite également plusieurs dossiers reflétant une situation dramatique pour des individus issus d’Afghanistan et leurs familles en Suisse. Dans ce contexte, elle souligne le besoin d’exigences réalistes pour un droit au regroupement familial, en particulier pour les femmes et les enfants séparés de leur famille nucléaire.

Enfin, la crise du coronavirus est malheureusement toujours vive. Depuis près de deux ans, la CRS s’engage contre la pandémie et adapte ses prestations humanitaires. Elle conduit actuellement un projet avec la Confédération pour que les personnes les plus vulnérables (SDF, sans-papiers, personnes réfugiées) aient accès à la vaccination. Une réflexion sur les conditions socioéconomiques des plus vulnérables et des risques pour leur santé est ici nécessaire.

Nous vous remercions de votre intérêt et restons bien entendu à votre disposition pour toute question. 

Vous souhaitant une session fructueuse, nous vous adressons, Madame, Monsieur, nos salutations les meilleures.

Croix-Rouge suisse

Barbara Schmid-Federer, Vice-présidente
Brigitta Gadient, Vice-présidente
Markus Mader, Directeur

Pandémie: prendre en compte dès le départ les personnes vulnérables

Il ressort d’études récentes que les personnes défavorisées sur le plan socioéconomique sont plus durement touchées par le coronavirus que d’autres groupes de population: elles recourent plus rarement à l’offre existante en réponse au Covid et présentent un taux de mortalité et d’hospitalisation plus élevé que les autres groupes de population. L’accès des personnes en situation de précarité aux services de santé est un facteur de succès dans la lutte contre la pandémie.

L’on ne saurait négliger l’aspect sociopolitique d’une pandémie. Bien que les taux d’aide sociale stagnent actuellement dans les villes, il n’en demeure pas moins difficile d’évaluer les conséquences économiques de la pandémie. Sans compter qu’une partie de la population subira des pertes à moyen et à long terme et sera tributaire d’une aide. La situation est particulièrement difficile pour les personnes dont le statut de séjour demeure incertain. Plus le statut de séjour d’une personne (p. ex. d’un sans-papier) est précaire, plus la situation sociale et sanitaire de celle-ci est globalement difficile.

La collaboration entre les autorités et la CRS a une fois encore fait ses preuves dans cette situation de crise. En vertu de son rôle d’auxiliaire des pouvoirs publics, la CRS apporte un soutien rapide à la Confédération et adapte ses prestations à la situation. Aussi la CRS a-t-elle formulé des recommandations dès le printemps 2021 en vue de promouvoir l’accès à des centres de vaccination et de dépistage. Forte de sa tradition humanitaire, la CRS entretient des liens avec les groupes de population défavorisés et, avec l’appui de l’OFSP, mène à bien un projet en faveur d’opérations de dépistage et de vaccination mobiles, notamment auprès des sans-papiers, des sans-abris et des personnes réfugiées.

Chaque nouvelle stratégie de crise devrait prendre en compte les groupes les plus vulnérables, qu’il s’agisse des personnes touchées par la pauvreté ou éloignés de la formation, de réfugiés ou de sans-papiers. Nous sommes prêts à faire partie intégrante de la solution.

Pandémie: la CRS recommande d’intégrer pleinement la situation socioéconomique des personnes les plus menacées aux évaluations et analyses menées dans le cadre de la crise sanitaire. Plus le statut de séjour d’une personne est précaire, plus la situation sociale et sanitaire de celle-ci est globalement difficile.

Conférence sur le climat COP26 de l’ONU

La conférence sur le climat COP26 de l’ONU a confirmé que la gestion du changement climatique imposait de fournir des efforts plus marqués et un travail plus qualifié. Jagan Chapagain, le Secrétaire Général de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, a salué les efforts des participants à la conférence en soulignant les progrès accomplis par les grands dirigeants, des progrès qu’il juge toutefois «trop timides et trop inégaux». Une déclaration qui met en lumière le cœur du problème: seule une transformation radicale permettrait d’enrayer les crises climatiques actuelles qui menacent la survie de l’humanité. De la santé physique et psychique à la sécurité alimentaire, hydrique et économique, c’est notre existence entière qui se joue ici. Si ces crises nous concernent toutes et tous, les populations qui ont le moins contribué au problème sont pourtant le plus impactées.

Aussi ne suffit-il pas de réduire les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle nationale, d’ériger la durabilité en valeur essentielle sur le marché du travail et d’aider les habitants de la planète à s’adapter aux conséquences des crises climatiques et environnementales. Il importe également de s’assurer que la Suisse, de par son statut de place financière mondiale, contribue à la création de placements financiers durables et respectueux du climat et s’engage dans la coopération au développement pour assurer le financement pérenne et efficient de projets de protection du climat. Il s’agit désormais d’appliquer rapidement des mesures ciblées afin d’aider les personnes les plus menacées par les crises climatiques à se protéger. Le meilleur moyen d’y parvenir est de miser sur les décideurs locaux et sur le savoir local et de mettre à disposition de l’argent ainsi que des cadres propres à faire émerger des innovations écologiques.

Les Etats réunis à l’occasion de la COP26 se sont montrés clairs: les financements climatiques annuels de 100 milliards de dollars déjà promis pour 2020 par les pays développés seront versés au plus tôt en 2023. La CRS exige que la Suisse s’acquitte le plus tôt possible de la contribution déjà assurée et qu’elle augmente celle-ci au cours des années à venir. Ces montants ne pourront contribuer à atténuer les dégâts et pertes causés par le changement climatique dans les pays en voie de développement que si l’argent parvient réellement aux personnes vulnérables. En sa qualité de membre du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, la CRS et ses Sociétés sœurs sur place s’en portent garantes.

Conférence sur le climat COP 26: la CRS exige que la Suisse verse le plus tôt possible la contribution climatique déjà promise et qu’elle l’augmente au cours des années à venir.

 

Patient Blood Management

Conseil national, 13 décembre. Motion Lohr. Améliorer la qualité et réduire les coûts du système de santé en promouvant la gestion du sang des patients - 19.4491

La motion 19.4491 exige de la part du Conseil fédéral la promotion de la gestion du sang du patient (Patient Blood Management) en tant que contribution à la qualité et à l’économicité des soins. Transfusion CRS Suisse soutient pleinement la cause d’une utilisation parcimonieuse et correcte des produits sanguins. Cependant, les outils et mesures réclamés dans la motion sont déjà disponibles et appliqués. Aussi la motion n’a-t-elle plus lieu d’être.

La consommation de sang par habitant en Suisse a reculé de 38% au cours des dix dernières années et s’inscrit à un niveau très bas en comparaison européenne. Notre pays consomme ainsi entre un quart et un tiers de sang de moins par habitant que ses voisins. Les recommandations générales formulées par les spécialistes de la médecine transfusionnelle, les médecins et les pharmaciens cantonaux ainsi que Swissmedic quant au bon usage clinique du sang et les normes détaillées relatives aux analyses requises chez les patients et sur les produits sanguins contribuent à un recours sûr et parcimonieux aux érythrocytes, aux thrombocytes et au plasma par les hôpitaux. 

Transfusion CRS Suisse et les Services régionaux de transfusion sanguine veillent à ce que les hôpitaux disposent en tout temps, pour faire face aux urgences, d’un volume suffisant de produits sanguins sûrs, soumis à l’ensemble du processus de qualification biologique. En tant qu’organisation d’utilité publique à but non lucratif, nous n’avons donc aucun intérêt à ce que le précieux sang recueilli auprès des donneurs soit administré inutilement aux patients. Les recommandations cliniques et autres normes en vigueur répondent aux exigences de la motion.

Transfusion CRS Suisse soutient pleinement la demande d'une utilisation parcimonieuse et correcte des produits sanguins. Cependant, les mesures demandées dans la motion 19.4491 existent déjà et sont appliquées dans la pratique. C'est pourquoi la CRS et Transfusion CRS Suisse recommandent de rejeter cette motion qui n'est plus nécessaire.

Afghanistan 

Depuis que les troupes internationales se sont retirées d’Afghanistan, la Suisse concentre ses efforts sur l’aide humanitaire au sein du pays. En complément, des voies légales d’accès à la protection internationale doivent être assurées aux personnes dont la vie ou l’intégrité physique est menacée, qui ont un lien avec la Suisse et ne disposent d’aucune autre solution de protection. Pour l’heure, aucune voie d’accès réelle ne leur est offerte. Aucun programme de réinstallation spécial n’est encore défini et les obstacles pratiques au regroupement familial et à l’octroi de visas humanitaires sont considérables. Parmi les plus de 7800 demandes de visas humanitaires en Suisse, seules trois ont donné lieu à une évaluation préalable positive.

Pour créer un accès réel à la protection internationale, la CRS estime nécessaire d’agir dans les domaines suivants:

  • S’agissant des visas humanitaires, la production de preuve ne doit pas être subordonnée à des exigences irréalistes, notamment en ce qui concerne la menace pesant sur l’individu et l’existence de liens avec la Suisse. Les menaces proférées de façon concrète doivent être prises en considération. La situation particulière des femmes, notamment de celles qui sont seules ou mères, devrait être suffisamment prise en compte comme facteur de risque aggravant.
  • Dans la mesure où la famille d’un enfant fait l’objet de persécutions, on peut supposer ce que l’enfant en soit lui-même victime. Dans le cas où l’enfant a été séparé de sa famille nucléaire, que rien ne laisse penser qu’il puisse retrouver sous peu un contexte familial protecteur et qu’il a de la parenté étroite en Suisse, l’octroi d’un visa humanitaire devrait être assuré.
  • Les demandes de regroupement familial doivent être traitées en priorité, dans le cadre d’une procédure accélérée et sur la base de critères pragmatiques et adaptés au contexte. Il convient de vérifier les possibilités d’octroi facilité de visas humanitaires pour les personnes dont la vie ou l’intégrité corporelle est menacée mais auxquelles il manque peu pour satisfaire aux critères de regroupement familial.

Eu égard à la situation dramatique en Afghanistan, la CRS exige un accès facilité à l’asile, au regroupement familial et aux visas humani-taires. La production de la preuve d’une menace individuelle et de l’existence de liens avec la Suisse devrait être subordonnée à des exigences réalistes. La situation des femmes et des enfants séparés de leur famille doit faire l’objet d’une attention particulière.